Entre géométrie parfaite, matières précieuses et esprit d’une époque libérée, les bijoux Art Déco exercent une fascination qui ne se dément pas. Mais d’où vient ce style si reconnaissable ? Et pourquoi résiste-t-il si bien au temps qui passe ?
Art Déco : quand le bijou se réinvente
On croit reconnaître un bijou Art Déco assez facilement : des lignes géométriques, du platine, des diamants, parfois de l’onyx, et cette impression très nette que la symétrie a repris les commandes.
C’est juste. Mais terriblement incomplet.
Car l’Art Déco peut aussi être couvert de fleurs, serti de rubis, d’émeraudes et de saphirs sculptés, intégrer un fragment de faïence égyptienne vieux de plus de deux mille ans ou prendre la forme d’un assemblage de boulons et d’engrenages. Il peut être précieux jusqu’à l’excès chez Cartier et presque industriel chez Jean Després.
Et surtout, premier détail qui mérite d’être rappelé : les créateurs que nous qualifions aujourd’hui d’Art Déco ne parlaient pas nécessairement d’« Art Déco ».
Le Victoria and Albert Museum rappelle que le terme est forgé dans les années 1960. À l’époque de l’Exposition parisienne de 1925, on parle plutôt de Style Moderne. Le Musée des Arts Décoratifs rattache quant à lui l’usage rétrospectif du terme à son exposition de 1966, Les Années 25 : Art Déco / Bauhaus / Stijl / Esprit Nouveau.
Autrement dit : l’Art Déco a existé avant de savoir qu’il s’appellerait Art Déco un jour.

Illustration de G. Barbier pour “Falbalas et Fanfreluches”, parue dans l’Almanach des Modes, 1924.
1918 : Quand l’Europe cherche un nouveau souffle
La fin de la Première Guerre mondiale ne fait évidemment pas disparaître le traumatisme du conflit. L’Europe sort épuisée de quatre années de guerre, et les années 1920 sont loin d’être cette fête permanente que l’expression Années folles laissera ensuite imaginer. Mais dans ce contexte difficile s’affirme aussi un désir très fort de rupture, de mouvement et de modernité. Le Metropolitan Museum situe précisément l’épanouissement de l’Art Déco dans les années qui suivent la guerre, tandis que le Palais Galliera décrit la mode de l’époque comme le reflet d’une décennie fascinée par la vitesse, l’avion, l’automobile, les loisirs et les nouvelles danses.
La silhouette féminine change elle aussi. Les vêtements se raccourcissent, le corset recule, les lignes deviennent plus droites et plus libres. La figure de la garçonne, popularisée au début des années 1920, cristallise cette aspiration à une nouvelle autonomie, même si l’émancipation reste évidemment incomplète et vivement contestée. La BnF souligne justement cette tension entre désir d’émancipation né de l’après-guerre et persistance d’un ordre social conservateur.
La bijouterie traduit ce mouvement de fond. Les compositions s’allègent, s’étirent ou se géométrisent ; les bijoux accompagnent une silhouette plus mobile et une vie sociale qui change. Sautoirs, longs pendants d’oreilles, bracelets souples ou manchettes prennent une place nouvelle dans la parure des années 1920. Dans le même temps, les créateurs absorbent le cubisme, le futurisme et l’imagerie de la machine pour tenter de donner une forme à ce monde qui paraît soudain aller plus vite. Le V&A résume bien cette ambition : les designers cherchent alors à capter dans leurs objets le dynamisme du monde moderne.
Avant 1925 : un style qui existe déjà
L’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 est souvent présentée comme l’acte de naissance de l’Art Déco. Ce serait lui donner un peu trop de mérite.
Le Musée des Arts Décoratifs situe les racines de cette nouvelle esthétique au début du XXe siècle, avec un développement durant les années 1910 avant son apogée en 1925. Le V&A insiste lui aussi sur la continuité avec certaines formes de l’Art Nouveau, notamment sa branche la plus linéaire et géométrique, illustrée par Josef Hoffmann et la Wiener Werkstätte.
En joaillerie, les exemples sont particulièrement parlants.
La Collection Cartier conserve ainsi un diadème réalisé à Paris en 1914, en platine, diamants, perles fines, onyx et émail, que la Maison décrit elle-même comme un exemple précurseur du style Art Déco.
Et il ne faut pas le confondre avec un autre diadème Cartier, réalisé quatre ans plus tôt.
En 1910, Cartier réalise un diadème en platine et diamants sertis millegrain, vendu à Élisabeth, reine des Belges. Deux pièces différentes, deux dates, mais une même conclusion : ni le platine, ni le millegrain, ni même certaines compositions déjà très épurées n’attendent 1925 pour apparaître.
L’Art Déco n’arrive donc pas brutalement après l’Art Nouveau comme on tournerait une page de catalogue. Il se construit progressivement.
1925 : l’exposition qui n’a pas inventé l’Art Déco
Du 28 avril au 30 novembre 1925, Paris accueille l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes. Elle s’étend de l’esplanade des Invalides aux quais de Seine et autour du Grand et du Petit Palais. Vingt et un pays y participent.
Son importance est immense, mais elle tient davantage à la consécration et à la diffusion d’une esthétique déjà en gestation qu’à sa naissance. Jared Goss, spécialiste de l’Art Déco français au Metropolitan Museum of Art, décrit d’ailleurs l’exposition comme l’aboutissement d’un style développé depuis au moins une décennie.
La joaillerie y dialogue directement avec la mode.
Cartier occupe une position assez exceptionnelle: la Maison est le seul joaillier à présenter ses créations aux côtés des grands couturiers dans le Pavillon de l’Élégance. Cela ne signifie pas qu’il n’existe aucun autre joaillier dans l’Exposition, mais que Cartier est seul dans ce pavillon spécifiquement consacré à l’élégance et à la couture.
On comprend alors mieux le bijou Art Déco : il n’est plus seulement un objet précieux. Il participe pleinement à la construction d’une silhouette moderne.

Robert Bonfils (1886-1972) - Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes, 1925
Le cubisme, oui. Mais pas seulement.
Réduire l’Art Déco à la géométrie serait presque aussi frustrant que de réduire l’Art Nouveau à quelques feuilles de ginkgo.
Cubisme, futurisme, constructivisme, expressionnisme, Ballets russes, arts asiatiques, références africaines et mésoaméricaines, découvertes archéologiques, machine, automobile, aviation : le vocabulaire Art Déco est un véritable patchwork culturel. Le V&A le décrit d’ailleurs moins comme un style parfaitement homogène que comme un assemblage d’influences.
En bijouterie, une génération de créateurs va pousser cette modernité beaucoup plus loin que les grandes maisons de la place Vendôme.
Jean Després, Jean Fouquet, Gérard Sandoz ou Raymond Templier conçoivent le bijou presque comme une petite sculpture abstraite. Le Musée des Arts Décoratifs documente leur proximité avec les recherches de Fernand Léger ou Sonia Delaunay et leur intérêt pour le cubisme, le futurisme et le constructivisme russe.
Jean Després va jusqu’à emprunter ses motifs au monde mécanique : boulons, vis sans fin, vilebrequins, engrenages.
Et l’anecdote est trop belle pour être inventée : en 1928, il souhaite présenter une trentaine de créations au Salon d’Automne. Elles sont refusées parce que les organisateurs les jugent… trop modernes.
Une petite victoire rétrospective, puisque ces bijoux sont aujourd’hui précisément ceux qui racontent le mieux l’avant-garde de leur époque.
Non, l’Art Déco n’a pas tué les fleurs
L’autre cliché consiste à opposer une nature Art Nouveau, souple et végétale, à un Art Déco qui n’aurait juré que par le triangle.
La réalité est beaucoup plus réjouissante.
L’Art Déco conserve largement fleurs, fruits, oiseaux et feuillages. Il les stylise, les simplifie, les répète ou les organise selon des compositions plus structurées. Le V&A montre ainsi comment les motifs floraux hérités de l’Art Nouveau sont adaptés plutôt qu’abandonnés.
Chez Cartier, cette rencontre entre géométrie occidentale et végétal devient particulièrement spectaculaire avec les compositions que nous appelons aujourd’hui Tutti Frutti.
À partir des années 1920, rubis, saphirs et émeraudes sculptés en feuilles, bourgeons et baies sont assemblés sur des montures de platine et de diamants. La Collection Cartier documente notamment un bracelet daté de 1925, associant diamants, saphirs, rubis, émeraudes, onyx et émail noir.
Mais petit piège de vocabulaire : Cartier indique que les archives de l’époque parlent notamment de « feuillages ». Le terme Tutti Frutti ne commence à être utilisé par les experts et journalistes que dans les années 1970.
Quand Paris transforme le monde entier en répertoire décoratif
Impossible de parler sérieusement d’Art Déco sans évoquer sa fascination pour les cultures extra-européennes.
Mais il faut aussi replacer cette fascination dans son contexte.
Les années 1920 sont celles des empires coloniaux, des grandes collections occidentales et d’une vision souvent très romantisée, voire franchement exotisante, des cultures africaines, asiatiques ou précolombiennes. Le vocabulaire employé à l’époque, parfois encore repris dans les archives historiques, mérite donc aujourd’hui une certaine distance.
L’Inde joue un rôle particulièrement important dans la joaillerie occidentale.
Jacques Cartier voyage dans le sous-continent au début des années 1910. Les archives Cartier documentent notamment une première visite officielle à Mumbai le 24 février 1912, durant laquelle il observe les techniques locales de sertissage et surtout l’art de la pierre gravée.
Le GIA documente également les liens entre joailliers européens et cours princières indiennes. Certains maharajas font remonter d’importantes pierres anciennes dans des créations occidentales. Le maharaja de Patiala confie ainsi plus d’une centaine de gemmes importantes à Cartier et Boucheron pour être remontées dans des bijoux modernes.
La circulation des influences se fait donc dans les deux sens, même si elle s’inscrit évidemment dans les rapports de pouvoir de l’époque.

La Femme à la Panthère, pochoir de George Barbier l'invitation de la maison Cartier à l'exposition de bijoux de décadence antique (1914)
Toutankhamon et la nouvelle égyptomanie
Puis arrive 1922.
Le 4 novembre 1922, l’équipe dirigée par Howard Carter découvre la tombe de Toutankhamon dans la Vallée des Rois. L’impact sur la culture populaire occidentale est immense.
Scarabées, lotus, hiéroglyphes, pyramides et silhouettes égyptiennes se multiplient dans la mode, les arts décoratifs et la joaillerie. Le Metropolitan Museum of Art considère cette nouvelle égyptomanie comme l’une des composantes importantes du langage Art Déco.
Chez Cartier, cela donne parfois des objets assez vertigineux.
La broche Scarabée, réalisée à Londres en 1924, associe or, platine, diamants, émeraudes, quartz fumé et émail à de la faïence égyptienne antique. Plus étonnant encore, la fiche officielle de la Collection Cartier précise que les ailes du scarabée datent de la seconde moitié du Ier millénaire avant notre ère.
Ici, l’Égypte ancienne n’est donc pas seulement citée : un élément archéologique ancien est matériellement intégré dans un bijou des années 1920.
Difficile de trouver meilleur raccourci entre passé et modernité.
Platine, millegrain et baguettes : ce que l’Art Déco invente vraiment
On lit régulièrement que l’Art Déco « invente » le platine, le serti millegrain ou la taille baguette.
Non.
Le platine est déjà employé avec une très grande virtuosité pendant la Belle Époque. Le diadème Cartier de la reine Élisabeth de Belgique en 1910 suffit d’ailleurs à le démontrer, tout comme son serti millegrain.
Même chose pour la baguette.
Le GIA rappelle que les tailles rectangulaires à degrés existent sous différentes formes depuis plusieurs siècles. Cartier réintroduit ce type de taille en 1912, avant qu’il ne rencontre un immense succès auprès des joailliers Art Déco.
La véritable révolution n’est donc pas forcément dans l’invention d’une technique, mais dans la manière de l’utiliser.
Baguettes, trapèzes et autres pierres calibrées deviennent des éléments de composition. Les pierres ne sont plus seulement posées sur le bijou : elles participent à son dessin.
C’est probablement l’un des grands changements de regard de la période.

Diadème de la Reine Elisabeth de Belgique, signé Cartier.
Et parfois, le métal disparaît presque complètement
En 1933, Van Cleef & Arpels dépose un brevet pour une technique permettant de dissimuler presque entièrement la monture sous les pierres.
Le brevet est demandé le 2 décembre 1933, délivré le 19 mars 1934 puis publié le 31 mai. Les gemmes sont travaillées de manière à venir se glisser sur une structure métallique cachée.
Nous connaissons aujourd’hui cette technique sous le nom de Serti Mystérieux.
Mais, encore une fois, le nom arrive après l’invention.
Les archives Van Cleef & Arpels indiquent qu’en 1933 et 1934 on parle plutôt de « nouveau serti » ou de « serti invisible ». L’appellation « Serti Mystérieux » n’est enregistrée que le 14 décembre 1936.
Noir et blanc ? Oui. Mais pas seulement.
Le noir et blanc reste évidemment l’une des grandes signatures du bijou Art Déco : diamant et onyx, platine et émail noir, contraste mat et brillant.
Mais la période aime aussi la couleur.
Rubis, saphir, émeraude, corail, jade, cristal de roche, calcédoine, quartz fumé, laque ou pierres dures viennent brouiller l’image d’un Art Déco uniquement monochrome.
L’avant-garde joaillière va même jusqu’à employer argent, métal chromé, aluminium et autres matériaux moins conventionnels. Chez Suzanne Belperron, cristal de roche, calcédoine ou quartz fumé peuvent côtoyer pierres fines et précieuses.
Il n’existe donc pas un bijou Art Déco, mais plusieurs manières d’être moderne.

Anonyme, Montre pendentif (Titre principal), 1925. Graphite et gouache sur carton gris B. Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris.
Place Vendôme contre boulons
C’est peut-être là que la période devient la plus intéressante.
D’un côté, Cartier, Boucheron, Mauboussin ou Van Cleef & Arpels produisent des pièces d’une extraordinaire sophistication, où techniques joaillières, pierres exceptionnelles et références aux civilisations anciennes se rencontrent.
De l’autre, Després, Templier, Fouquet ou Sandoz traitent parfois le bijou comme une sculpture miniature et regardent davantage vers l’automobile, l’aviation ou la mécanique.
Les deux appartiennent pourtant à la même période.
L’Art Déco n’est donc pas simplement une affaire d'esthétique. C’est une question posée à toute une génération de créateurs : à quoi doit ressembler un objet véritablement moderne ?
Les réponses sont parfois diamétralement opposées.
Joséphine Baker, Chanel, Dietrich : lorsque les icônes changent
Cette modernité ne concerne pas seulement les objets. Elle touche aussi ceux et surtout celles qui les portent.
En 1925, Joséphine Baker arrive à Paris avec la Revue Nègre et devient immédiatement une sensation. Son image se diffuse dans les arts décoratifs jusqu’à devenir elle-même un motif de la période. Le Metropolitan Museum rappelle cependant que son succès parisien s’inscrit aussi dans une fascination occidentale pour les stéréotypes raciaux et « exotiques » qu’elle utilise et détourne dans ses performances.
Gabrielle Chanel mène une autre petite révolution.
Ses boutiques proposent de la bijouterie fantaisie dès le début des années 1920. Elle associe perles d’imitation, verre et bijoux non précieux à des vêtements volontairement plus sobres. Le V&A considère que cette défense de la bijouterie fantaisie constitue alors une remise en question radicale des notions établies de bon et de mauvais goût.
Puis vient Marlène Dietrich.
Vers 1937, elle acquiert chez Van Cleef & Arpels un imposant bracelet Jarretière en platine, rubis et diamants, composé notamment de diamants ronds et baguettes. Elle le porte régulièrement et apparaît avec lui dans Le Grand Alibi (Stage Fright) d’Alfred Hitchcock en 1950, puis aux Oscars de 1951.
Le bijou n’est plus seulement le prolongement du rang social. Il devient aussi celui d’une personnalité.

Marlène Dietriech et son extraordinaire bracelet jarretière
1929 : la fête change de visage
Puis survient le krach de 1929.
La crise économique fragilise progressivement le monde de luxe qui avait allègrement participé à l’épanouissement des années 1920. Le V&A situe dans ce contexte le déclin progressif de l’optimisme Art Déco, tandis que le Musée des Arts Décoratifs souligne le développement de nouvelles recherches liées notamment à la standardisation.
Mais l’Art Déco ne disparaît pas au matin du 30 octobre 1929.
Il évolue.
Les créations des années 1930 deviennent parfois plus volumineuses, plus souples ou plus massives. Le bijou se rapproche progressivement de ce que l’on qualifiera ensuite de style Retro.
L’Exposition internationale des Arts et Techniques dans la Vie Moderne de 1937 constitue l’un des derniers grands jalons de cette période. Van Cleef & Arpels y présente notamment ses créations en Serti Mystérieux, dont le clip Chrysanthème et le double clip Pivoine.
Clip Pivoine, 1937 - Van Cleef & Arpels
Peut-on dater un bijou parce qu’il « fait Art Déco » ?
Non.
Et c’est probablement le point le plus important lorsqu’on regarde un bijou ancien.
Un dessin géométrique, quelques diamants taille ancienne, du platine et de l’onyx peuvent être compatibles avec une fabrication des années 1920 ou 1930.
Ils ne la prouvent pas.
De nombreux modèles ont été reproduits, réinterprétés ou transformés. Certaines techniques existaient avant la période. Certaines pierres ont pu être remplacées. Une monture peut avoir été modifiée trente ans après sa fabrication.
Pour dater correctement un bijou, il faut donc croiser les indices : poinçons, alliage, construction de la monture, type de sertissage, tailles des pierres, traces d’usure, réparations éventuelles, provenance et cohérence stylistique générale.
Comme souvent en gemmologie et en expertise, un indice isolé raconte peu de choses.
C’est leur cohérence qui commence à raconter une histoire.
Repères à retenir
1910 : Cartier réalise pour Élisabeth, reine des Belges, un diadème en platine et diamants sertis millegrain.
1912 : Cartier réintroduit la taille rectangulaire à degrés qui deviendra la baguette emblématique des compositions Art Déco.
1914 : Cartier réalise un diadème en platine, diamants, perles, onyx et émail aujourd’hui décrit par la Maison comme précurseur de l’Art Déco.
1922 : découverte de la tombe de Toutankhamon, suivie d’une nouvelle vague d’égyptomanie.
1924 : broche Scarabée Cartier incorporant des éléments de faïence égyptienne antique.
1925 : Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes à Paris ; bracelet de style aujourd’hui appelé Tutti Frutti chez Cartier ; arrivée de Joséphine Baker à Paris avec la Revue Nègre.
1928 : une trentaine de créations de Jean Després sont refusées au Salon d’Automne parce qu’elles sont jugées trop modernes.
1933 : dépôt du premier brevet Van Cleef & Arpels conduisant au Serti Mystérieux.
1936 : l’appellation « Serti Mystérieux » est officiellement enregistrée.
1937 : Exposition internationale des Arts et Techniques dans la Vie Moderne ; bracelet Jarretière de Marlène Dietrich chez Van Cleef & Arpels.
Années 1960 : le terme Art Deco s’impose rétrospectivement ; le MAD organise en 1966 l’exposition Les Années 25 : Art Déco / Bauhaus / Stijl / Esprit Nouveau.
L’Art Déco chez Les 40 Voleuses
Cette diversité se retrouve aussi dans les pièces passées ou actuellement présentes chez Les 40 Voleuses. Certaines montrent parfaitement ce goût Art Déco pour les compositions très construites : cette bague circa 1920 associe ainsi un diamant central à des saphirs Verneuil calibrés et des diamants taille huit-huit dans un motif ovale presque rayonnant ; une autre joue au contraire la carte de la pureté, avec sa monture jarretière en or blanc, ses lignes rectilignes et son décor de diamants typique de l’esthétique plus tardive des années 1930.
Sur cette bague en or gris, saphirs et diamants, le contraste entre saphir naturel, saphirs Verneuil, diamants et or gris illustre particulièrement bien cette manière très Art Déco de travailler la couleur : non comme un simple ornement, mais comme un élément du dessin.
Trois bagues très différentes, donc, et pourtant une même recherche de rythme, de symétrie et de contraste. C’est précisément ce qui rend la période beaucoup plus riche que le raccourci « platine, diamants et onyx » auquel on la réduit parfois.
Une époque plutôt qu'une formule
C’est probablement pour cette raison que les bijoux Art Déco vieillissent si bien.
Ils ont voulu être modernes sans faire complètement table rase du passé. Ils pouvaient emprunter aux pharaons comme aux moteurs d’avion, aux palais indiens comme au cubisme, conserver une fleur tout en la transformant en construction géométrique.
Cette tension entre ordre et extravagance, tradition et rupture, luxe et machine est peut-être leur véritable signature.
Chez Les 40 Voleuses, l’appellation Art Déco n’est donc jamais considérée comme une simple étiquette esthétique. Monture, poinçons, pierres, techniques, transformations et traces d’usage sont examinés ensemble afin de replacer chaque bijou, autant que possible, dans son histoire.
Parce qu’entre un bijou « dans le goût de l’Art Déco » et un bijou réellement fabriqué pendant la période, il peut parfois y avoir plusieurs décennies.
Et en matière de bijoux anciens, quelques décennies changent beaucoup de choses.
Sources et références
- Victoria and Albert Museum, An Introduction to Art Deco, dernière mise à jour le 17 avril 2024. Source utilisée pour l’histoire du terme Art Deco, l’appellation Style Moderne, les racines Art Nouveau du mouvement, ses influences artistiques et son évolution après 1929.
- Musée des Arts Décoratifs, Paris, Art déco, dans Une histoire des styles et des tendances. Source utilisée pour les racines du mouvement au début du XXe siècle, son développement pendant les années 1910, son apogée en 1925 et ses influences.
- Musée des Arts Décoratifs, Paris, L’exposition de 1925. Source utilisée pour les dates exactes du 28 avril au 30 novembre 1925, les lieux occupés par l’Exposition et les pays participants.
- Musée des Arts Décoratifs, Paris, Bijoux Art déco et Avant-garde. Jean Després et les bijoutiers modernes, exposition du 19 mars au 12 juillet 2009. Source utilisée pour Jean Després, Raymond Templier, Jean Fouquet, Gérard Sandoz, Suzanne Belperron, Jean Dunand, les influences des avant-gardes, l’anecdote du Salon d’Automne de 1928 et l’usage rétrospectif du terme Art Déco en 1966.
- Victoria and Albert Museum, About the Cartier Exhibition. Source utilisée pour la présence de Cartier au Pavillon de l’Élégance de l’Exposition de 1925 et son statut de seul joaillier exposant aux côtés des grands couturiers dans ce pavillon.
- Cartier, Collection Cartier, Joaillerie / Jewellery. Source utilisée pour le diadème Rinceaux de 1910 vendu à Élisabeth, reine des Belges ; le diadème de 1914 décrit comme précurseur de l’Art Déco ; et la broche Scarabée de 1924 intégrant de la faïence égyptienne antique.
- Cartier, Tutti Frutti, Collection Cartier. Source utilisée pour le bracelet de 1925 en platine, diamants, saphirs, émeraudes, rubis, onyx et émail noir.
- Cartier, Cartier et Mumbaï : pour l’amour des pierres. Source utilisée pour les voyages de Jacques Cartier en Inde, sa visite officielle à Mumbai en 1912, l’influence des pierres gravées indiennes et l’apparition rétrospective du terme Tutti Frutti dans les années 1970.
- Russell Shor, Gemological Institute of America, Exhibition Review: Mogul to Modern: Met Exhibit Showcases Indian Jewels, 2014. Source utilisée pour les relations entre joailliers européens et cours princières indiennes ainsi que les gemmes confiées par le maharaja de Patiala à Cartier et Boucheron.
- Gemological Institute of America, Baguette Diamond Engagement Ring Buying Guide, publié le 13 juin 2017. Source utilisée pour l’histoire de la taille baguette et sa réintroduction par Cartier en 1912.
- The Metropolitan Museum of Art, Sara Ickow, Egyptian Revival, 2012, ainsi que Tutankhamun: Commemorating 100 Years. Sources utilisées pour la découverte de la tombe de Toutankhamon en 1922 et son influence sur l’égyptomanie et le vocabulaire Art Déco.
- The Metropolitan Museum of Art, Jared Goss, French Art Deco, Heilbrunn Timeline of Art History, 2010 ; Rachel High, Discussing the Rise of French Art Deco with Author Jared Goss, 2015. Sources utilisées pour la place de l’Exposition de 1925 et la relation entre tradition artisanale française et modernité.
- Victoria and Albert Museum, Art Deco’s Global Influences. Source utilisée pour les influences africaines, asiatiques et mésoaméricaines, l’égyptomanie et la place de Joséphine Baker dans la culture visuelle de la période.
- The Metropolitan Museum of Art, notice Josephine Baker, Adolf de Meyer, 1925-1926. Source utilisée pour son arrivée à Paris en 1925 avec la Revue Nègre et le contexte culturel de ses performances.
- Victoria and Albert Museum, What Makes CHANEL So Iconic?, dernière mise à jour le 17 avril 2024. Source utilisée pour la bijouterie fantaisie Chanel dès le début des années 1920, les perles d’imitation et la remise en cause des conventions du « bon goût ».
- Van Cleef & Arpels, The Collection, Émilie Bérard, The Mystery Set. Source utilisée pour les brevets de 1933 et 1936, le fonctionnement du sertissage invisible et l’histoire de l’appellation « Serti Mystérieux ».
- Van Cleef & Arpels, Le bracelet de Marlène Dietrich, une pièce audacieuse. Source utilisée pour le bracelet Jarretière de 1937, sa composition et son port par Dietrich dans Le Grand Alibi en 1950 et aux Oscars de 1951.
- Van Cleef & Arpels, The Collection, The Exposition internationale des arts et des techniques appliqués à la vie moderne. Source utilisée pour la présentation du Serti Mystérieux et des clips Pivoine et Chrysanthème à l’Exposition de 1937.